Rouen a beau compter plus de cent mille habitants, on y croise vite quelqu'un qu'on connaît : une collègue rue du Gros-Horloge, la voisine au marché du Clos-Saint-Marc, le cousin du mari en terrasse place du Vieux-Marché. C'est sans doute pour cela que la rencontre adultère à Rouen se joue à voix basse, loin des pavés trop fréquentés. Les femmes mariées qui s'inscrivent ici préfèrent les rendez-vous de la rive gauche, côté Saint-Sever, où personne ne s'attarde, ou les ruelles de l'Eau-de-Robec, où quelques bars à vin restent tranquilles en semaine. Certaines filent à Elbeuf, à Barentin ou jusqu'à Yvetot pour un déjeuner qui dure un peu plus que prévu, sans risquer le moindre regard familier.
Le tempo est dicté par le travail : la pause de midi près du jardin des Plantes, un train pour Paris décalé d'une heure à la gare Rive-Droite, une formation à Mont-Saint-Aignan qui se termine plus tôt qu'annoncé. Une liaison discrète à Rouen tient dans ces interstices. Les petits hôtels du quartier de la gare ou du quai de Paris accueillent ces heures volées sans poser de question, et la côte Sainte-Catherine offre, au coucher du soleil, un belvédère où l'on parle enfin librement. Ici, la femme mariée infidèle ne cherche pas le scandale : elle veut un amant discret, attentif, capable de comprendre qu'un message resté sans réponse n'est pas un rejet mais une précaution. Si tu sais attendre et te taire, tu as déjà compris l'essentiel. Les habitués du secteur passent aussi régulièrement par I Rencontre.